Mère et fille


J'avais 27 ans. Je menais une vie décousue, d'ancien soixante-huitard
déçu, incapable d'admettre que j'avais perdu. Que je ne verrais jamais
la société que j'avais rêvée.  Qu'il me fallait accepter la réalité,
trouver un métier qui me plaise, ou, du moins, que je supporte. Que les
grands élans style Woodstock, avec peace and love universel, et amour
candide pour tous (et toutes !), c'était un film. Et c'était fini.
Je vivais avec une grande fille nommée Chantal, plus jeune que moi de 5
ans. Elle sortait de l'école normale, et était imprégnée de
contre-culture puisée dans le journal Actuel. Elle croyait encore que
tout était possible, et ça me fatiguait.
Elle était fâchée avec son père, cheminot plutôt borné, autoritaire,
catégorique, mais nous avions souvent la visite de sa mère Marcelle,
mince femme blonde d'une petite quarantaine, sympathique, énergique, et
affectueuse. Elle réconfortait sa fille souvent découragée, nous
conseillait, et même, parfois, nous dépannait lors d'une fin de mois
difficile. Je venais de finir un contrat de 6 mois comme
analyste-programmeur, et j'envisageais sereinement de profiter d'une
année au chômage, sans autre projet précis. Et je buvais.

L'histoire que je raconte se passa un dimanche d'été. Nous avions invité
Marcelle, dans le petit meublé que nous habitions rue Vieille du Temple,
dans le Marais, en face de l'Hôtel Salé. Mais j'avais encore passé une
nuit de beuverie, j'étais rentré à quatre heures du matin, en tenant des
propos exaltés, puis cyniques, avec Chantal pour tout public. J'avais au
moins deux grammes dans le sang, et je portais dans mon cœur les
déceptions de toutes les révolutions avortées. Je finis par me laisser
tomber sur le lit, où je cuvai pour quelques heures, en slip.

Ce fut la sonnette, puis le bruit des voix de Chantal et de sa mère, qui
me tirèrent de mon coma. Je sentais mon cœur battre dans mes tempes,
dans ma poitrine, mes gestes tremblants et fiévreux comme après toutes
les cuites. Je n'osais pas me lever, de crainte de donner le spectacle
d'un être à l'haleine d'égout, agité comme par un parkinson, à la voix
chevrotante. J'étais mal, très mal. J'attrapai la bouteille de Vittel
qui traînait à côté du lit, en bus quelques gorgées, mouillant les draps
et l'oreiller. Impossible pour l'instant d'aller saluer Marcelle. Je
retombai à plat-ventre sur le lit, décidé à attendre le moment où
j'aurais retrouvé forces et contenance. J'entendais les voix devenir
plus fortes. Marcelle semblait fâchée, et Chantal semblait plutôt
abonder dans son sens. Parlaient-elles de moi ? Peut-être, mais je
n'avais pas le courage d'aller voir, ni la concentration suffisante pour
suivre leurs propos. Je replongeai dans ma torpeur enfiévrée.

Soudain, la porte de la chambre s'ouvrit, et Marcelle s'avança jusqu'au
pied du lit, suivie de Chantal.
- Tu as encore trop bu ! je ne peux pas te laisser gâcher la vie de ma
fille ! Tu savais bien que je venais aujourd'hui, pourtant !
Je ne répondis mot. J'avais ouvert les yeux, et, toujours à plat-ventre,
j'essayais de laisser passer l'orage. Aucune explication, aucune excuse,
ne me semblait assez solide pour ma défense. La mère de Chantal
poursuivit :
- Allez, vas-y, ma fille !
Avant d'avoir pu esquisser un mouvement, je sentis Chantal s'installer
sur mon dos, tournée du côté de mes pieds. Elle ne pesait cependant pas
de tout son poids sur moi, mais s'appuyait sur ses jambes, dont elle
avait enserré mes bras repliés le long de mon corps. J'étais très
efficacement immobilisé.
- Je te donne une dernière chance, et, si tu recommences, Chantal te
plaquera, et reviendra habiter chez moi. Mais en attendant tu vas payer,
pour cette nuit, et toutes celles d'avant.
Je l'entendis aller vers la fenêtre, qu'elle ouvrit en grand, ainsi que
les volets.
- Ça pue, ici ! Il faut laisser entrer de l'air frais !
- Mais, maman, les voisins vont tout entendre !
- Eh bien tant mieux ! Ils se poseront des questions, ce n'est pas mon
problème.
Les voisins, nous ne les croisions que rarement. C'était un couple un
peu plus âgé que nous, à l'apparence un peu artiste, qui nous saluait
aimablement, avec parfois un sourire presque complice quand nous avions
fait la fête la veille.
- Tu sais ce qu'on fait, chez moi, en Bretagne, quand un gosse a pris
une cuite le samedi soir ? reprit Marcelle. Elle n'attendit pas la
réponse :
- le lendemain, quand il a cuvé, on le fesse.
Elle avait haussé la voix pour asséner, de la façon la plus humiliante
possible, les mots : « on le fesse. » Elle laissa passer une poignée de
secondes, puis s'adressa à Chantal :
- Allez, déculotte-le !
Comme pour : « on le fesse », les mots « déculotte-le » avaient été
prononcés de façon volontairement accentuée, en détachant bien chaque
syllabe, comme pour qu'elles pénètrent dans mes oreilles et jusqu'à mon
esprit de façon à me causer le plus de honte possible. Je sentis les
deux mains de Chantal saisir l'élastique de mon slip, et le baisser bien
bas, jusqu'aux genoux, après qu'elle eut dû tirer un peu plus fort pour
lui faire franchir les rondeurs de mes fesses. Sur celles-ci, la
sensation de fraîcheur de l'air me rappela implacablement que j'avais
été déculotté, et qu'une dame, deux même en comptant Chantal, avaient
les yeux fixés sur elles avant que ne s'y abatte la correction
déshonorante.
- Parfait. Je ne sais pas quand tu as reçu une fessée pour la dernière
fois, mais si t'étais mon gosse, je crois que j'aurais continué à t'en
donner tant que tu ne te serais pas conduit en grande personne. Allez,
regarde, ma fille !
Marcelle s'était installée à côté du lit, qui était assez haut. Je ne la
voyais pas, mais je sentis sa main s'abattre sur mon postérieur avec une
force qui me surprit de la part d'une personne que je trouvais menue.
Tout en m'appliquant la fessée, alternativement une claque sur chaque
fesse, elle commentait :
- une bonne fessée. pif. sur les fesses. paf. déculotté devant tout le
monde. pif. voilà ce qui t'a manqué. paf. quand tu était gosse. pif.. Et
même après. Chantal.. Pif. elle a reçu sa dernière fessée..paf. à 14
ans.pif. et son frère..paf.à 17. pif. un lendemain de bal.. Paf. il n'y
a pas d'âge. pif. pour la fessée. paf !
J'entendais Chantal rire :
- Vas-y, maman ! je sais que t'es une spécialiste ! allez, vas-y, fesse
!

Et je reçus ainsi la plus belle fessée de ma vie, gigotant de mes jambes
entravées par le slip, une fessée brûlante, humiliante, sous le poids de
Chantal dont je sentais la chaleur des cuisses et du derrière sur mon
dos, une vraie fessée, qui n'avait rien d'un jeu coquin, une fessée que
j'étais obligé de subir, sous les moqueries, fenêtre ouverte avec le
risque que mes voisins n'entendent (et leur réactions plus tard
montrèrent qu'ils avaient bien entendu, et tout compris !).
- Est-ce qu'il a les fesses assez rouges, ma fille ?
- Oh oui, maman !
- Alors c'est terminé. Attends, avant que Chantal ne te lâche, je veux
que tu demandes pardon :
- Pardon !
- Que tu promettes de ne pas recommencer !
- Je le promets !
- Et que tu me dises merci pour la fessée !
- Merci pour la fessée !
- Bien. Lâche-le, Chantal, qu'il s'habille. Parce que maintenant il va
nous payer le restaurant.

Et c'est ainsi que nous allâmes tous les trois au restaurant. Dans la
rue, Marcelle m'avait familièrement pris le bras, et Chantal fit de même
de l'autre côté. J'étais bien. Mon derrière me brûlait, mais toute mon
angoisse avait fondu comme neige au soleil. La fessée avait eu un effet,
comment dirais-je, anxiolytique, je me sentais apaisé, réconcilié avec
mon amie et sa mère, pardonné. Après le repas, un délicieux couscous
juif avec des boulettes parfumées, ma belle-mère me déclara :
- Eh bien ça fait longtemps que je ne t'avais pas vu aussi gentil, aussi
souriant. J'ai vraiment l'impression que ça t'a fait du bien. Mes
enfants, je vais passer toutes les semaines, Chantal me dira si tu es
sage, et si tu ne l'as pas été, je sais ce qui me reste à faire. Même
pour des bêtises moins graves, pas la peine d'attendre une grosse faute
comme hier soir. Une bonne fessée. C'est d'accord ?
- C'est d'accord, une bonne fessée, répondis-je en riant, et Chantal
ajouta :
- Et si ça ne peut pas attendre, c'est moi qui remplacerai ma mère !

Tout se passa comme elles avaient dit. Je crois même, les coquines, que
je n'avais pas vraiment besoin d'avoir fait un faux pas pour avoir ma
fessée, et je ne m'en suis jamais plaint.

       

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